Patagonia was part of the "carnet de roots" contest as mentionned here.
I received a copy of the text of the winner and the authorization to publish it on this blog.
The winner is : Anne Maupas Boucault, who wrote from Chili a text about her exploration as a child.
It is in french but I placed here part of the text :
La forêt interdite Les souvenirs d’escapades forestières d’un groupe de gamins dans la « Corne de l’Afrique »
Par Anne Maupas Boucault
Capra, caprae furent mes premiers termes latins, mots talismans appris au collège : capra, capra, caprae... Elles furent très tôt présentes au coeur de ma vie, ces charmantes bêtes cornues, elles étaient là, au plus profond de mon enfance, en Terre Courage ariégeoise plus exactement, lorsque je les coursais en riant aux éclats avec mon épagneul blanc et noir. Il les aimait bien les cabritas, il savait les rendre folles, les inquiéter et puis, tout d’un coup, les laisser tomber pour vaquer à des occupations supérieures. A chaque fois, tremblantes et haletantes, elles n’en revenaient pas, les biquettes... Au cours de ces folles courses poursuites et autres jeux machiavéliques, nous avons soulevé des tonnes de poussières sous l’oeil mécontent du chevrier. Il pouvait bien s’égosiller et faire mine de nous poursuivre en agitant son long bâton. De toutes façons, nous estimions qu’il ne surveillait pas vraiment son troupeau et que nous connaissions chaque tête aussi bien que lui. Du haut de mes trois pommes, j’en étais persuadée ! En terre ariégeoise, je fus très tôt le bouc émissaire des bergers... La situation ne s’améliora guère lorsque mes parents partirent pour une contrée étrangement surnommée « Corne de l’Afrique » où j’appris à aimer les fins de pistes... Au bout de ces pistes, je savais intimement que les chèvres m’attendaient. Mais tout de même, il y avait autre chose. Autre chose. Les premières amours, les premières amitiés et les premières sensations... Là-bas, mon indépendance s’affirmait auprès d’une troupe de mouflets d’une huitaine d’années qui animait Randa, un village juché sur la montagne. Depuis Tadjourah la Blanche, on y accédait par une route de terre qui me semblait infiniment longue et cabossée, particulièrement à la saison des pluies lorsque l’eau se ruait, intrépide, au fond des oueds assoiffés. Cela faisait des mois ou des années que je vivais avec mes parents dans cet espace perdu. Pas d’école, pas de locaux et encore moins d’instit. La maison, une oeuvre cubiste blanche, était toute simple, c’était probablement une des plus belles du hameau. A l’intérieur, elle était dépourvue de revêtement mural. Le mobilier était réduit au strict minimum. Ce dénuement favorisait les vagabondages de mon imagination. S’il n’y avait rien, c’était que tout était envisageable, ou mieux, que tout était possible. Dedans, mais également dehors. J’ai grandi dans ce vide et dans cette atmosphère que venaient combler les conversations parentales tendres, attentionnées et protectrices qui nous semblaient bien anodines dès qu’elles abordaient les thèmes soporifiques du travail, de la politique ou de notre éducation.